5 avril 2016 | Jean Lapalme

Tous les chemins ne mènent pas à Rome

Paul Cirka aime son nouveau métier qui lui permet « d’utiliser les deux hémisphères de son cerveau », de faire et dans la rigueur et dans la création– ce sont ses mots. Sur sa carte d’affaires, il se présente comme distillateur à la micro-distillerie Cirka qui loge au 2075, rue Cabot, Montréal, à l’ombre ou presque de l’échangeur Turcot. Mais dans les faits, il est bien plus que simple distillateur au sein de son entreprise; il en est l’artisan fondateur.

Ces discrétion et modestie sont pour le moins congruentes avec l’idée qu’il se fait de la distillerie. « Il y a beaucoup de tradition dans l’art de la distillerie.» me dit-il ; « You have to be able to master before innovating » (Vous devez  acquérir la maîtrise de l’Art avant que de pouvoir innover). On sent bien que l’homme est dans une phase où toute son attention, toute son énergie, sont mises à contribution pour atteindre à cette maîtrise. La distillation de gin et de vodka est rigoureusement soumise à cet impératif; elle est également l’école qui présidera à la production d’un grand whisky.

Gin-Vodka

Le chemin qui a mené Paul Cirka à l’art de la distillerie n’a rien d’évident; mais, rétrospectivement, chacune des étapes sur cette route semble l’y avoir préparé.

Paul Cirka amorce  sa vie professionnelle en tant qu’architecte de paysage dans la grande région de Toronto; il fait ensuite dans la haute technologie à Montréal, successivement chez  Soft Image puis chez Discreet Logic, puis opte pour la « carrière » de « Mister Mom » (père à la maison) à l’occasion de la naissance de son second fils; enfin, il se met en quête de son plus récent métier : la micro-distillerie.

En tant qu’architecte de paysage, Paul Cirka travaillera  avec James Austin Floyd, lequel avait étudié avec le grand Frederic Law Olmstead, fondateur de la discipline dite architecture de paysage et créateur du Parc du Mont Royal ainsi que de Central Park à New York City, entre autres. A ce titre, Paul Cirka aura accès à une foule de documents architecturaux datant du tournant entre le dix-neuvième et le vingtième siècle. Il me dira de cette période que : « [Then] things took longer [to be done] but lasted longer » (À l’époque on mettait plus de temps à faire les choses mais elles duraient plus longtemps)

De la « période informatique », il dira : « High tech is a fast, fast world! ». La vitesse folle fit place à une sorte de contemplation prolongée, introduite dans sa vie par la naissance d’un fils.

De la période « Mr. Mom », il dira que ce fut la plus belle période de sa vie! Il ne me l’a pas exprimé dans ces mots mais, derrière les siens, je sentais qu’il me disait : « Quoi de plus fascinant en effet que d’observer, patiemment, méthodiquement et avec tout l’amour du monde  le développement d’un être vivant, à plus forte raison si on est celui qui lui a donné la vie ? »

La micro-distillerie Cirka n’utilise comme matière première que des grains non modifiés génétiquement et produits localement. Son fondateur, artisan distillateur, parle de « l’inspiration qu’engendrent leurs produits » (ceux de ses fournisseurs). Et ceci encore: « If you care about the land, the land will provide for you! » (Si vous prenez soin de la terre, la terre vous donnera)

On est ici bien loin de la fabrication de quelque bien. On est dans l’art … de la distillerie.

PUBLIÉ DANS: Boire du réZin, Producteurs

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