Atelier
1 mai 2003 | Geneviève

Présence réelle

Le jeune peintre Marc Séguin explore les questions profondes de la vie de façons variées et surprenantes. Il nous présente ses oeuvres comme des témoignages non seulement de sa quête, mais aussi de l’humanité.

Par Maria Turner

« Je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre », dit Marc Séguin en regardant autour de lui les traces laissées par sa vie artistique. Dans son grand atelier, rue de Bellechasse, à Montréal, ces traces prennent diverses formes : la moitié de la tête d’un ours polaire abandonnée sur un divan ; des visages humains esquissés sur une toile, qui nous regardent d’un air un peu menaçant ; un grand tableau représentant un cadavre couché sur le ventre, avec un vrai corbeau suspendu au-dessus ; une collection d’étiquettes de cigares de bonne qualité… Voilà ce qui compose l’univers de ce jeune peintre qui, à 34 ans, est en train de laisser son empreinte sur le monde.

Déjà reconnu dans le milieu artistique — ses oeuvres ont été vues en Europe ainsi qu’au Canada —, Séguin continue d’attirer l’attention, comme il l’a fait tout récemment avec ses dessins de démons exposés au Musée des beaux-arts de Montréal. Cette exposition a marqué un retour vers le dessin pour l’artiste, qui confesse avoir hésité à montrer ces oeuvres parce qu’elles sont en rupture avec ce qu’il faisait avant. « C’était risqué pour moi, explique-t-il. Avant j’ai fait des peintures figuratives, un peu séductrices, avec des beaux visages. Il était facile d’y entrer. » Ses représentations de démons, réalisées au crayon sur papier kraft avec, comme seule touche de couleur, des rehauts de feuille d’or, n’étaient, au début, que des dessins préparatoires. C’est grâce aux commentaires des visiteurs venus à son atelier que Séguin a commencé à voir ces esquisses comme des oeuvres finies et qu’il a assumé le risque de les exposer. « Je me suis rendu compte que je ne voulais pas être catalogué, en tant qu’artiste, dit-il. Je veux me surprendre moi-même. »

Questions de croyance

Cette série témoigne d’une certaine préoccupation chez l’artiste pour les grands thèmes de la religion — Le châtiment de Judas Iscariote est le titre que porte l’un des dessins —, bien que Séguin avoue qu’il est tombé par hasard sur son sujet : il a été inspiré par les images d’anciens traités de démonologie trouvés dans une vieille bibliothèque en France. « Pour moi, ces images sont un condensé de l’humanité, dit-il. Aujourd’hui, on n’est pas loin des inquisitions, de la tentation de chercher le mal, avec les terroristes, par exemple. On n’est pas loin de croire à la magie. » Il ajoute avec conviction : « J’aime l’idée que ces choses puissent exister. »

Les sujets religieux ne sont pas nouveaux pour Séguin — il a consacré une série de peintures aux rosaces d’église, travail exposé au Musée d’art contemporain de Montréal en 2000. Néanmoins, la religion n’occupe pas une place déterminée dans sa vie. « Je ne sais pas, répond-il avec un petit soupir quand on lui demande s’il est croyant. J’aimerais l’être. L’Église catholique ne s’est pas adaptée à la vie moderne. Si elle était différente, je pourrais peut-être m’abonner. »

Sur la bonne piste

Comme la tête d’ours polaire dans son atelier l’indique, même s’il n’a pas tué l’animal lui-même, Séguin est un chasseur sérieux. « La chasse est une quête… C’est un cycle complet, dit-il en essayant d’expliquer cette passion. C’est un rituel, ça devient presque mystique. Tu peux passer la journée entière sans parler. Si tu as des démons intérieurs, il faut que tu les règles. Sinon, ça peut être assez difficile de passer une journée dans le silence. » Mais pour Séguin, le silence n’est pas lourd — il est habitué de travailler des heures durant tout seul dans son atelier. Et ses démons intérieurs ? Bien que l’art ne soit pas pour lui une thérapie, il admet que, sans l’art dans sa vie, « peut-être que ça irait mal ».

En fait, les choses allaient mal pour le jeune homme avant qu’il ne décide, à l’âge de 22 ans, d’aller à l’université pour étudier en art. « J’étais perdu moralement, dit-il à propos de sa vie après le cégep. J’ai vécu avec ma blonde… elle m’a quitté. J’étais dans un no man’s land. » Sa décision de faire ses études en art est venue, en partie, du fait qu’il savait qu’il serait accepté dans le programme. « J’ai toujours dessiné, mais je ne savais pas que ça pourrait être une carrière, explique Séguin. L’art n’avait pas une place prédominante dans ma famille. Ce n’était pas encouragé, ni découragé non plus. » « Tombé » dans la peinture à la suite d’un choix quelque peu instinctif, Séguin n’en avait pas moins trouvé sa voie.

Avec la peinture, la gravure et le dessin, le jeune artiste a rapidement commencé à faire son chemin dans le monde artistique, qui est, selon lui, « un drôle de milieu ». « Il y a des cocktails, des présentations, des gens à rencontrer, explique-t-il. Une grande partie des gens achètent l’artiste et pas seulement l’art. Ils attendent de lui un certain comportement. Ils voient l’artiste comme quelqu’un de libre de toute contrainte. » Ce comportement est tout à fait naturel pour Séguin, un athlétique rouquin habillé de préférence d’un jean (même à son vernissage), qui nous donne l’impression d’un homme qui ne serait pas à l’aise enfermé dans un travail de bureau. « Ce n’est pas un job, dit-il de son métier. Être artiste, c’est un état. Tu l’assumes, ou tu ne l’assumes pas, mais l’état reste. »

Qu’y a-t-il après ?

La mort, comme la religion, figure beaucoup dans les oeuvres de Séguin. « C’est un sujet préoccupant, dit-il simplement. Est-ce que j’ai peur de la mort ? Oui, beaucoup. Quelque part, les gens qui font de l’art veulent laisser des traces. Après ma mort, il y aura des preuves de mon existence. » Il ajoute, après réflexion : « C’est peut-être pour ça que je vais à la chasse. » Comme si pour lui c’était une façon d’affronter la mort. « Je ne conçois pas l’idée de ne pas être, continue-t-il. Imagine… Si on n’était que des cellules ! J’aimerais être sûr, rassuré qu’il y a quelque chose après la vie. » Trouve-t-il un réconfort dans son art ? « Quand tu fais quelque chose qui fonctionne, c’est un high hallucinant, répond-il. C’est l’euphorie. Tu es Dieu pour une fraction de seconde. C’est rare dans la vie qu’on se sente plus vivant que ça. »

Peut-être Marc Séguin n’obtiendra-t-il jamais la certitude qu’il désire, mais une chose ne fait pas de doute : il nous laissera des preuves éclatantes de son passage.


La cuvée 2003

Cuvée réZin 2003

Cuvée réZin 2003 - Rouge

Résultat d’un tri très sévère de 8 ou 9 cuves différentes.  Nous avions l’embarras du choix, la qualité étant des plus élevée grâce à un millésime très chaud et très ensoleillé. Plutôt que de tomber dans le piège facile de la puissance, de la richesse et de la lourdeur, nous avons, par l’assemblage des différents lots, voulu garder l’esprit gouleyant et festif de la cuvée réZin. C’est donc un vin généreux, débordant de fruits mûrs et plus dense que le millésime 2002, que nous vous offrons cette année.  Assemblée par nos soins à la cave et mis en bouteilles sans filtration. Fruit d’une culture respectueuse de l’environnement, vinifié de façon naturelle et traditionnelle.

Vin de soif pour toutes occasions à servir un peu rafraîchi.

 

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