7 juillet 2016 | Katherine Dupont

Pourquoi il n’y a pas eu de « Nature » Lapierre en 2015 ?

Les derniers arrivages de Morgon et de Raisins gaulois 2015 du Domaine Marcel Lapierre arrivent sur les étalages de la SAQ cette semaine et nous nous sommes entretenus avec Mathieu Lapierre qui a accepté de nous expliquer pourquoi il n’y aurait pas de vins natures en 2015, et ce, même pour les importations privées destinées au Québec…

 

Capture d’écran 2016-07-07 à 12.26.01« Le millésime 2015 a été particulièrement éprouvant et laborieux. La vendange était très saine et ne nécessitait aucun tri… En contrepartie, dès le démarrage des fermentations, nous nous sommes vite aperçus qu’elle portait sur elle une vie microbiologique très riche et énormément difficile à contenir. Il a donc fallu suivre avec une extrême vigilance et, un peu plus tard dans le processus, ajouter un peu de soufre. Selon moi, un vigneron doit prêt à intervenir s’il le faut pour protéger son vin… Bien que ce ne soit jamais de gaité de cœur, nous l’avons fait de manière réfléchie et je suis à l’aise avec le fait d’être intervenu parce que je sais que c’était nécessaire et que nous avons choisi les moyens d’intervention les plus doux, et ce, avec tout l’amour que nous portons au fruit et au produit. »

 

 

Quiconque passe au Domaine Marcel Lapierre en période de vinification remarquera qu’elle se compose d’une agitation toute aussi physique que cérébrale. Durant des heures incalculables, des yeux se rivent sur des lentilles de microscopes afin d’observer le travail des levures. Des allers-retours quotidiens se font vers les laboratoires d’analyses pour suivre avec une précision sans faille l’évolution des composants du vin. Et c’est seulement si tout va bien que Mathieu laissera le processus suivre son cours sans intervenir :

 

« Dans un monde idéal, les fermentations de chaque cuvée, issue de chaque parcelle, se dérouleraient de manière parfaite, mais parfois la situation se complique… Il convient alors de préserver la qualité du vin avant tout. À l’heure actuelle, en juillet 2016, la dernière cuve n’a toujours pas terminé de fermenter ses sucres. L’intelligence, c’est de surveiller rigoureusement l’évolution et d’intervenir avec discernement ; ce qui veut dire ‘’au bon moment’’, de manière précise et douce, mais adéquate. Et même avec le 2015, je n’ai toujours pas délogé Marcel dans son record qui, en 2005, avait dû accompagner un vin 14 mois avant la fin de ses fermentations. C’est un stress car un vin non terminé, c’est toujours un échec potentiel ! »

 

Car si le domaine est un outil de rêve pour les enfants de Marcel, il vient aussi avec un lot de pressions et d’enjeux…  Mais Mathieu n’a pas trébuché. Il a su combiner son cœur, son intelligence, le savoir que son père lui a transmis, sa formation viticole et sa formation de cuisinier pour non seulement confirmer la pérennité de ce fantastique domaine, mais aussi réfléchir à son évolution et agir. Car croiser Mathieu Lapierre en 2016 et échanger avec lui, c’est aussi profiter d’un moment avec un vigneron incroyablement sincère et d’une épatante ouverture. Cela fait maintenant plus de dix ans qu’il est officiellement installé au domaine et sa croyance qu’il faut en moyenne dix millésimes pour maitriser son travail ne doit pas être étrangère à son attitude désormais sereine, posée et résolument lucide :

 

« Quand on pense « Lapierre », on pense « nature »  – et vice versa – c’est inévitable. Selon moi, il y a de grands abus dans la dénomination « Nature ». Que ce soit pour le 2015 ou – plus philosophiquement – dans tout processus de fermentation des autres millésimes, c’est difficile quand comme moi on aime les mots et leur précision de continuer à affirmer que le vin est ‘’nature’’ puisqu’on intervient forcément, si ce n’est chimiquement, au moins, mécaniquement… »

À méditer donc, autour d’un bon vin du Beaujolais !

 

*** Pour en savoir plus sur le vin nature, visitez le site du domaine Lapierre. ***

 

NOTES DE DÉGUSATION 

RVF Juillet-août 2016

Morgon 2015

Cette cuvée référence du Beaujolais, menée par le duo sœur-frère Camille et Mathieu Lapierre, est d’une régularité sans faille sur un volume d’environ 80 000 bouteilles par an. Assemblage de vieilles vignes issues de terroirs de Morgon, ce vin est un fantastique porte-drapeau de l’appellation. Ce 2015 dévoile la richesse du millésime avec une robe soutenue, des notes bien mûres de cerise noire, une pulpe irrésistiblement gourmande qui ne manque pas de profondeur. 16,5/20

 

À la SAQ

  • Morgon Lapierre 2015 – 11305344  @ 32,25$
  • Raisins Gaulois  – 11459976  @ 22,25$

 

Crédit photo : www.marcel-lapierre.com

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