luyt-2016
25 janvier 2016 | Jean Lapalme

Louis Antoine Luyt, vigneron au Chili : portrait

À la mi-décembre, Louis Antoine Luyt, vigneron au Chili, était l’hôte du restaurant Montréal Plaza ainsi que de réZin.

Louis Antoine Luyt a une vision du vin ainsi que de son métier : « On accompagne le raisin à être le vin qu’il doit être. » Bien qu’il  attribue volontiers la paternité de cette maxime à son mentor Mathieu Lapierre on sent bien qu’il la partage sans aucune réserve. Et il ne se fait pas prier pour poursuivre : « Il faut être présent, précis et, surtout, d’une grande humilité. »

On est loin de la philosophie qui préside aux destinées de la plupart des grandes maisons.

De l’humilité, il en faut un brin en effet pour élaborer un vin nature de qualité à partir du Païs, cépage ancestral et méprisé.

En 2002, à l’occasion de la visite d’un vignoble du sud chilien, il aperçoit sur un coteau ce qu’il appelle des « bush vines ». Il questionne, on lui répond : « De ce Païs, on ne peut faire du bon vin : pas d’acidité, pas de couleur, au mieux un vin destiné au marché chinois. » Il re-questionne : « Est-ce que vous avez essayé d’en faire du vin fin ? » On lui répond : « Non! » Il enquête : Le Païs, c’est le cépage que les missionnaires espagnols ont importé en terre d’Amérique, obéissant en cela aux ordres de la royauté castillane. Oui c’est bien ça dira-t- il rétrospectivement, incrédule: [On me dit qu’il n’y a rien à tirer de ce foutu cépage et] « J’imagine bien les princes espagnols enjoindre les clercs : « Allez  plantez-moi ces ‘vignes de merde’ dont on boira le produit par la suite! » »

De l’humilité, on veut bien, mais également de la ténacité, de l’obstination, presque de la dévotion à l’égard de ce cépage mal aimé ainsi que de son territoire. Ce n’est que 5 ans après sa rencontre initiale avec les « bush vines » qu’il procédera à la première vinification de païs; elle se fera alors dans une cave louée à Santiago du Chili, quelques centaines de kilomètres au nord.

Dans cet intervalle de temps, le travail en collaboration avec un grand domaine, un ‘fundo’,  lui aura servi en quelque sorte de repoussoir : « Ces gens sont amoraux » dira-t-il! Et de poursuivre : « Le Païs est de toute évidence partie au patrimoine mondial. Or, ce patrimoine est systématiquement violé par l’industrie vinicole mondialisée »

Les repoussoirs, c’est bien connu, contribuent rarement seuls à une grande aventure; l’attachement, la passion, si. Comme il le dit si bien : « De la rencontre avec le païs (2002), rien ne s’était estompé un an après. » On pourrait ajouter : non plus que 10 ans après! Et permettez-moi de vous le dire : n’ayez crainte pour le futur!

Où le Païs mènera-t-il désormais Louis Antoine Luyt? « On sait, dit-il, que le Païs est arrivé des Canaries; d’où venait-il avant cela? Ça, c’est ma quête! »

 

Jean Lapalme

 

Crédits photo http://www.louisantoineluyt.cl/

PUBLIÉ DANS: Boire du réZin, Producteurs

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