11 septembre 2017 | Muriel Ide

Les jardins du Domaine Ostertag

Thomas Larmoyer – Juillet 2017

Chaque vigneron aborde son métier d’une façon personnelle, mais s’il est un facteur qui conditionne plus que tout cette approche, c’est bien l’environnement naturel, historique et social dans lequel il évolue. Si l’on devait résumer l’histoire de l’Alsace en un mot, « chaotique » serait tout à fait approprié et pas seulement à propos de l’histoire récente faite par les hommes, mais aussi de l’histoire géologique de cette terre singulière.
Les mécanismes tectoniques, les vas-et-vient de la mer, les éruptions et les effondrements ont sculpté en Alsace un paysage unique et complexe, qui se reflète dans la diversité géologique de ses  terroirs sans équivalent dans le monde viticole. La vigne s’y est installée très tôt, avec les Romains, puis au Moyen-âge le système féodal a peu à peu dépossédé les paysans de leurs terres au profit des Seigneurs et de l’Église, qui exploitaient de vastes territoires grâce à la main-d’œuvre docile des paysans.
Ce n’est qu’après la Révolution française que le peuple a repris ses droits sur sa terre nourricière. Les territoires rendus ont alors été divisés en une multitude de petites parcelles et réparties entre
les familles d’agriculteurs. À ce stade de nombreux cépages avaient déjà été introduits en Alsace, ce qui rajouta au morcellement physique un morcellement ampélographique. Cet héritage historique a façonné un territoire très morcelé, ce qui a des avantages, mais aussi de nombreux inconvénients pour le vigneron. Quoi qu’il en soit ce « chaos » général est une réalité en Alsace et c’est la base de la complexité de la région, de ses vins et de ses hommes ; une complexité qui a surtout tendance à effrayer plutôt qu’à passionner, dans notre monde globalisé où tout se doit d’être simplifié et vulgarisé pour la bonne compréhension des masses consommatrices.

Mais du chaos naît toujours la lumière et nous sommes de ces générations qui ont toujours connu la paix et qui ont pu se consacrer pleinement à leur vocation, le cœur léger, les sens ouverts, et avec un certain confort d’infrastructures et d’équipements. Pourtant au Domaine Ostertag nous n’avons jamais basculé dans les travers de l’agriculture moderne qui caractérise notre époque. De 3 hectares en 1966, année de la première mise en bouteille d’Irma et Adoplphe Ostertag, le domaine s’est agrandi jusqu’à 15 hectares en 2017 et pourtant peu de choses ont changé dans l’approche viticole malgré un contexte économique de plus en plus tendu et des récoltes de plus en plus aléatoires.

Pour l’agriculteur moderne, cherchant l’optimisation et la rationalisation permanente de son outil de travail, ce morcellement est un frein au développement et la tentation de regrouper ses terres en de plus vastes et moins nombreux îlots est forte bien que peu cohérente avec la réalité alsacienne. Pour le vigneron voué à sa terre et fier de ses racines, c’est au contraire un avantage inestimable que de pouvoir récolter le fruit d’une multitude de terroirs différents, explorer le potentiel de chaque parcelle, pousser jusqu’à l’extrême la viticulture de lieu, et exprimer dans son vin la personnalité de chaque petit jardin de vigne. Car oui, dans ce contexte le métier de vigneron s’apparente presque à celui de jardinier. À travailler autant de terroirs différents, il n’y a plus de recette unique, ni même de modèle type : chaque vigne, avec son sol, son sous-sol, son microclimat, son plant, sa faune et sa flore naturelle constitutifs du terroir, a son expression propre, ses besoins et son cycle bien particuliers.
Au Domaine Ostertag notre réalité viticole est entièrement empreinte de cette diversité puisque nous travaillons 88 îlots de vigne qui regroupent en réalité 172 parcelles cadastrées, le tout sur 5 villages : 88 jardins que nous soignons dans le souci constant du respect de l’identité de chaque lieu. Comme pour le jardinier, le travail est physique, mais toujours dirigé par une recherche esthétique, un sens de l’équilibre sans quoi l’harmonie et donc le grand vin ne sont pas possibles. Et c’est justement ce soin apporté tout au long des saisons, cette présence, cette action de la main qui n’est que le prolongement des intentions et du cœur de l’homme, qui fait de nous parmi les derniers jardiniers de cette planète où partout l’agriculture intensive et son armée de machines déshumanisent les campagnes et exploite plus qu’elle ne cultive.

Les Vins de Fruit, dans la classification propre au domaine, regroupent les parcelles d’un même cépage qui ne sont pas situées sur les lieux-dits ou le grand cru, et qui isolées auraient un potentiel moins intéressant que ce qu’elles apportent chacune dans l’assemblage. Ils expriment la personnalité d’un cépage à l’échelle du village, et la diversité des jardins dont elles proviennent. »


Les vieilles vignes de SYLVANER : 10 jardins de vignes, d’une moyenne d’âge de 55 ans, à Epfig et Nothalten, sur 5 natures de sol : gréseux, argilogréseux, marnes et argiles bariolées, granite, alluvions.

PINOT BLANC les jardins : 6 jardins de vignes à Epfig, dans le jardin du domaine et au Fronholz, sur 2 natures de sol : argilolimoneux, marnogréseux.

PINOT GRIS les jardins : 4 jardins de vignes à Epfig, Itterswiller et Albé, sur 3 natures de sol : argilogréseux, loess, schistes de Villé.

RIESLING les jardins : 13 jardins de vignes à Epfig, Itterswiller et Nothalten, sur 3 natures de sol basées sur les Grès roses des Vosges : sablogréseux, argilogréseux, grésovolcanique.

GEWURZTRAMINER les jardins : 6 jardins de vignes à Epfig, sur 2 natures de sol : argilogréseux, marnes et argiles bariolées.

PINOT NOIR les jardins : 3 jardins de vignes, tous à Epfig sur le plateau de la route d’Andlau, sur 2 natures de sol : gréseux, argilogréseux.


Nouvelles étiquettes pour les Riesling les jardins et Gewurztraminer les jardins du millésime 2016.

 

 

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