1 novembre 2017 | Muriel Ide

Goûter aux changements climatiques – La conférence

Cette conférence internationale portant sur la vigne et les changements climatiques présentée par Michelle Bouffard à HEC Montréal le 31 octobre 2017 visait à identifier les enjeux et les pistes de solutions durables reliés aux changements climatiques dans le domaine viticole.

Pour l’occasion, 5 experts se sont prononcés sur leur vision de choses :

  1. Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal, Équiterre
  2. Gregory Jones, spécialiste de l’étude du climat et de la viticulture
  3. Alberto Antonini, oenologue et consultant
  4. Pedro Parra, expert et consultant en terroir
  5. Jamie Goode, auteur, biologiste expert de la science du vin

J’étais très excitée à l’idée d’entendre ces gurus du terroir, des grands crus et de la science du vin s’exprimer sur la question. Je me demandais si les torts seraient partagés entre les changements climatiques et les modes de cultures industrielles. Je n’ai pas été déçue des explications reçues. Voici ce que j’en ai retenu.


Alors que Steven Guilbeault mettait la table en nous dressant le portrait de la situation environnementale et des enjeux reliés aux réchauffements climatiques, nous étions loin de nous douter que la ville où plus de 20 % des véhicules électriques vendus au Canada* était située à 80 km de Montréal. J’ai nommé RAWDON, où le concessionnaire automobile familial Bourgeois met un point d’honneur (et l’épaule à la roue) en matière de contribution environnementale. 

*du modèle VOLT Chevrolet pour être plus précise


Sur une note aussi surprenante, la Chine remporte la palme en matière d’investissement en énergie solaire : 70,5 % de l’ensemble des investissements. Investissements qui se portent bien mieux que ceux faits dans les énergies dites fossiles qui ne génèrent plus les rendements espérés. Même
le musée du charbon à Kentucky arbore des capteurs solaires sur sa toiture.   

Les temps changent, vous me direz, mais voilà, le climat aussi.

Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal Équiterre


Et c’est de ces glissements de températures et de climat dont nous a justement entretenu Gregory Jones, lui qui décline les cépages et les régions en tranches et en couleurs qui n’ont d’égales que les variations météorologiques.

Si les températures moyennes idéales se situent entre 12 et 22 degrés Celsius pour la culture de la vigne qu’en est-il des variations dues au réchauffement climatique? Car l’augmentation d’un degré Celsius a des conséquences visibles, alors imaginez les effets sur la culture de la vigne quand on passe de 2 à 3 degrés…

 

Au registre des effets secondaires de cette escalade de température, on note entre autres :

  • l’assèchement des sols et les irrigations excessives entraînant le gaspillage des ressources naturelles (eau)
  • la fertilité altérée du terroir, son érosion
  • le ravage du gel sur les bourgeons apparus suite aux hausses de température
  • l’avancée des vendanges de 5 à 10 jours en moyenne
  • les fortes variations du taux de sucre et d’alcool; ce qui donne des vins plus difficiles à équilibrer
  • les risques élevés de nouvelles maladies, parasites et autres fléaux

Gregory Jones, spécialiste dans l’étude du climat et de son impact sur la viticulture


Alberto Antonini s’est intéressé sérieusement aux conditions de production du vin le jour où il en a eu marre de boire des vins trafiqués sans âme. Il défend une approche holistique de la viticulture qui inclut avant toutes choses un terroir sain et des plants en santé sans l’ajout d’entrants chimiques dans la culture du fruit ou la facture du vin.

Les changements climatiques affectent la vigne, mais la solution réside dans le soin apporté à sa culture. De son point de vue, la biodynamie accentue le soin porté au sol et permet de maintenir un terroir vivant. Elle favorise des racines plus profondes qui permettront au plant d’aller puiser les nutriments et l’eau nécessaires profondément dans le sol. Cela renforcera la vigne, qui deviendra plus résistante aux conditions extrêmes et portera fruit sur le long terme.  

Pour lui, un retour vers les cultures traditionnelles et respectueuses du terroir s’impose. Il doit bien avoir une raison au fait qu’on retrouve de la vigne dans des régions millénaires et qu’on n’arrive pas, par exemple, à exploiter des cépages internationalement en faisant fi du sol. Il préconise la culture de cépages indigènes même si la tentation est grande de céder à la pression de la demande sur le marché. En résumé, voici sa philosophie :

« Trouver un marché pour le vin que vous fabriquez au lieu de chercher à vendre votre vin sur tous les marchés au risque de lui faire perdre son âme. »


Pedro Parra rêvait d’être réalisateur ou musicien, il a grandi dans une famille d’artistes et aujourd’hui il est reconnu comme expert en terroir. Il pèse et sous pèse chaque pierre ou caillou, trace les veines des sillons montagneux du Chili ou de l’Argentine à la recherche des meilleures conditions pour y cultiver la vigne sans épuiser son sol.

Les changements climatiques apportent beaucoup de stress aux plants et la qualité des breuvages qu’on en retire s’en ressent. Pour lui, la connaissance intime du sol où les racines de la vigne puisent leurs ressources et la compréhension de la nature du sol est la clé. Il associe les roches et le terroir de la même manière qu’on associe la chair à l’os.

Pedro Parra, expert et consultant en terroir

 

 

 

 

 

 

 

Alors, pour trancher (sans mauvais jeu de mots) qui des détraquements du climat ou des écarts de cultures était responsable, je pense que les torts sont partagés, même si chacun des experts présents avait ses raisons de le croire ou pas.

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