9 mai 2013 | Geneviève

La confusion sexuelle- les vignerons votent!

«Imaginez. Il fait beau, vous vous promenez dans les vignes. Vous avez faim. Soudain, ça sent le poulet rôti. À votre droite. L’envie de vous taper un bon poulet grillé à la broche devient irrépressible. C’est plus fort que vous, vous obliquez direct dans la direction de cette fantastique odeur. Soudain, ça sent le poulet rôti mais à votre gauche, puis face à vous. Ah non, dans votre dos cette fois. Mais aussi à droite. Ce parfum de peau grillée vous rend fou, vous errez dans les vignes en tous sens, vous ne savez plus où donner de la tête, vous trébuchez sur un coquelet qui traine par terre mais vous n’y faites même plus attention. Déboussolé par ces odeurs, vous avez raté le seul vrai poulet qui se trouvait là, vous venez de perdre une bonne occasion de vous restaurer.

Voilà, depuis quelques semaines, ce que vit le papillon dans certaines vignes. Le mâle en tout cas. Qu’il s’appelle Eudémis ou Cochylis, le papillon n’est ni pour ni contre le mariage pour tous, il veut juste chopper une femelle, c’est le printemps, il est aux taquets. Et pour le dire franchement, pour lui, ça sent la meuf partout. C’est normal, les vignerons sont passés par là. Ils pratiquent ce qui s’appelle la confusion sexuelle. Et ça n’a rien de cochon.

C’est cet article du journal L’Union (la photo est délicieuse) qui m’a donné envie de vous parler de ça.

Les organisateurs de l'opération collective de confusion sexuelle sur Avize. Photo: L'Unio

Les organisateurs de l’opération collective de confusion sexuelle sur Avize. Photo: L’Union

Ça consiste en quoi ?
À disséminer à travers les vignes des phéromones de papillons femelles afin que le mâle, désorienté, ne sache plus où donner des ailes. Confus par tant de bonnes odeurs, il loupe les femelles qui auraient bien voulu s’accoupler. Il ne trempe pas son biscuit, il n’aura pas de descendance (la question de la PMA ou de la GPA n’est pas envisageable dans ce cas).

Quel est le but ?
Un papillon c’est mignon ? Oui, mais à l’état de larve, le vers de la grappe est une plaie. Dès la 1ère ou 2e génération, selon les espèces, les chenilles font des dégâts : d’abord elles mangent les bouton floraux, réduisant ainsi la récolte à venir, mais ensuite elles pénètrent dans les grains de raisin, accentuant la perte et favorisant la pourriture des grappes.

Comment ça marche ?
C’est bête comme chou. Les phéromones sont contenues dans des raks, de simples étuis en plastique marron, qu’on accroche tout bêtement à la vigne. On compte 500 diffuseurs par hectare, soit 1 pour 20m2.

Quels sont les avantages ?
Éviter d’utiliser des insecticides !
C’est facile à appliquer : on les accroche une fois en début de saison et c’est tout.
Les doses sont faibles, il n’y a pas de résidus. Bref, ce n’est pas polluant… à condition de ne pas jeter dans la nature après usage.

 Quels sont les inconvénients ?
C’est plus cher que l’insecticide. Deux fois plus cher, entre 100 et 250 € par hectare (si on paye la pose).
Il faut que la vigne soit de préférence d’un seul tenant, regroupée et que le traitement s’applique sur une surface minimale de 5 hectares. 10 c’est encore mieux. Sur les petites parcelles, les vignerons doivent coopérer pour appliquer le système.
Il ne faut pas qu’il y ait déjà des larves partout, il faut continuer de surveiller les autres ravageurs comme la cicadelle.

C’est répandu ?
Pas encore : seulement 3% des vignes françaises pratiquent de confusion sexuelle. Le système, expérimenté dès 1989, a connu des débuts timides. Aujourd’hui, on l’utilise de la Champagne (cf article précédemment cité) au Gard, du Vignoble Nantais, à la Bourgogne… un peu partout sur le territoire français, surtout dans les vignobles qui pratiquent l’agriculture biologique, parfois aussi en agriculture chimique raisonnée. Mais ça progresse vite. Ainsi, le journal l’Alsace du vin notait que 920 ha de la région étaient désormais équipés de diffuseurs, contre 170 ha l’an dernier. Et plus la lutte est collective, plus le prix global baisse… et encourage les aides financières des chambres d’agriculture.

Et le mariage pour tous ?
Les papillons mâles, écœurés de tant de phéromones, se tournent-ils vers leurs congénères ? Les papillons femelles, navrées par la bêtise des mâles, reportent-elles leur manque d’amour sur des femelles ? Personne ne le sait. Et je crois que tout le monde s’en fout. La vie du papillon est n’est pas rose tous les jours.»

Article tiré du blog leMonde.

PUBLIÉ DANS: Producteurs

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