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4 mars 2016 | Johanna Raynaud

Causse toujours !

Nous avons profité du passage de Virginie Maignien du Domaine Causse-Marines à Montréal, le 2 mars dernier, pour lui poser quelques questions lors d’un évènement de dégustation au restaurant Hoogan et Beaufort.

Une chose est sûre, suite à cette rencontre, il est assez évident que les deux vignerons du domaine ne manquent ni d’humour, ni d’audace !

C’est dans la région de Gaillac, dans le Sud-Ouest de la France que l’aventure de Patrice Lescarret a commencé il y a 23 ans. Suite à plusieurs années d’apprentissage et de découverte dans différentes régions viticoles, dont la région de Bordeaux, Patrice Lescarret – l’homme-qui-ne-voulait-pas-vinifier-de-cépages-bordelais – décide de racheter un domaine dans le Sud-Ouest, désormais appelé Causse-Marines. C’est seulement en 2005 que Virginie Maignien, artiste dans l’âme et philosophe de cœur, rejoint cette aventure.

En parcourant le site Internet du domaine, nous apprenons d’entrée de jeu l’origine de ce nom étrange qu’est Causse-Marines.  Kôsse-quoi me direz-vous ? Apparemment certaines « mauvaises langues » de la région surnomment le vignoble Grosses Narines ; en fait l’histoire est beaucoup plus simple que cela, le domaine tient son nom du ruisseau qui le délimite (Marines) et du type de sol retrouvé sur la propriété (causse calcaire). Fin du mystère !

Ce domaine d’aujourd’hui 12 hectares, fut un coup de cœur, aussi bien pour Patrice que pour Virginie. « Pour Patrice, je pense que c’est l’ensemble, le causse calcaire, la vallée, la vieille ferme dans laquelle nous habitons maintenant, les cépages anciens traditionnels, c’est un peu un écrin protégé dans lequel nous avons la chance de pouvoir vivre et travailler », nous précise Virginie Maignien. « Moi, je suis arrivée en 2005 pour participer aux vendanges… je ne suis jamais repartie. Disons que j’ai eu le coup de cœur pour la région, le domaine, les vins… et le vigneron ».

Exploité depuis 2005 en agriculture biologique et en biodynamie, le domaine s’est donné comme mission de conserver et de mettre en valeur les cépages autochtones de la région, qui sont nombreux, sans pour autant se limiter à ces derniers. « Nous avons des valeurs fortes qui nous définissent. Nous aimerons toujours travailler les cépages anciens de la région de Gaillac, mais nous aimons aussi vinifier des cépages que nous apprécions et qui peuvent s’adapter facilement à notre terroir et climat. Nous avons par exemple planté récemment du Petit Manseng, cépage traditionnel du Sud-Ouest mais absent dans la région de Gaillac. Nous ne planterons par contre jamais du Riesling, même si nous aimons tous les deux cela. ».

Patrice Lescarret, œnologue de formation exploite son domaine en agriculture biologique dès 1996 (suite à une révélation dans une barrique où une des cuvées a débuté sa fermentation sans ajout de levure, cuvée s’étant révélée meilleure que les autres), sans demander de reconnaissance officielle. À son arrivée Virginie change tout cela. « Pour moi, demander une reconnaissance d’agriculture biologique était important, mais au delà de cela, exploiter le domaine en biodynamie était une évidence. J’aime l’approche intellectuelle et philosophique de la biodynamie, ce lien à la nature, cette relation intrinsèque entre la plante, le lieu et l’homme. Dès 2005, nous déposons donc des demandes pour obtenir les certifications d’agriculture biologique et biodynamique ».

Aujourd’hui, les vins du domaine sont produits à partir de Syrah, Duras, Braucol, Prunelard, Jurançon, Mauzac, Ondenc, Loin de l’œil, Muscadelle, Sémillon et même de Chenin. Tous les produits sont vinifiés et élevés en prenant soin d’avoir le moins d’intervention des vignerons possibles (sans ajout de produits chimiques, collage et filtration sont limités, faible soufre).

Nos deux vignerons ont des valeurs fortes ancrées, ils produisent des vins qui leur ressemblent, même si cela peut parfois déplaire aux puristes. D’ailleurs la plupart des vins du domaine sont désormais produits sous une dénomination Vin de France (hors AOC) afin de laisser une plus grande liberté dans les techniques de production et dans les possibilités d’assemblage. Leur but étant de respecter leurs convictions et avant tout de faire aimer les vins du Domaine Causse-Marines. Notre vigneronne dira à ce sujet « Nous voulons toujours rester libres de nos choix, sans contrainte. Nous avons une signature propre au domaine, une ligne directrice, un style. Nous faisons des vins de Causse-Marines avant de faire des vins de Gaillac. Nous produisons des vins sur la fraicheur, la finesse, la minéralité. Nous recherchons cette précision qui nous donne cette identité unique et que nos clients apprécient ».

Côté humour et audace, le domaine ne s’arrête pas là, en effet, du visuel de l’étiquette au nom de la cuvée, tout est savamment réfléchi. Tandis que Virginie, notre artiste dans l’âme, tend à se concentrer sur les visuels de leurs cuvées, Patrice et sa plume acérée travaillent ardemment sur les noms des produits. « Patrice a un passé au théâtre et un tempérament d’électron libre et moi une expérience de clown, nous avons travaillé cette étiquette en ce sens. Nous voulions passer notre message, on peut s’amuser tout en étant esthétique et savoureux. Finalement nous voulons une signature, une identité. L’étiquette donne simplement un avant-goût de ce qu’il y a dans la bouteille ».

En conclusion, il fallait citer une portion du site Internet qui illustre bien la mentalité de nos vignerons « on peut faire bio sans avoir le cheveu long et fumer la moquette ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache. ». Nous aimons ces deux amoureux du terroir pour leur humour et leurs convictions, mais surtout pour leurs produits d’une grande qualité, le tout, dans le respect de leur environnement.

 

Actuellement, plusieurs cuvées sont disponibles en SAQ :

AOC Gaillac, Les Peyrouzelles, 2014

Un assemblage de Syrah, de Duras et de Braucol, un rouge « croquant » à découvrir absolument.

AOC Gaillac Doux, Grain de Folie, 2014

Un vin doux (125 g de sucre résiduel) au nez intense de miel et d’abricots secs qui a gardé toute sa fraicheur grâce à un taux d’alcool assez faible (12°).

 

 

D’autres sont disponibles en importation privée :

Raides Bulles Rosé, 2014

Méthode ancestrale, sans ajout de sucre ou de levure. La fermentation se fait naturellement, en partie en bouteille. Assemblage de Jurançon noir, de Mauzac, Syrah, Duras et Braucol.

35 g de sucre résiduel et un faible taux d’alcool.

Un vin effervescent gourmand.

Zacmau, 2014

Un vin fait de vieilles vignes de Mauzac. Fermentation lente. Élevage et vinification en fûts de 400 litres pour un petit côté oxydatif. Une bouche pleine de vivacité et de fraicheur.

Zacm’orange, 2014

Toujours élaboré à base de Mauzac, le vin aura subi 3 semaines de macération. Au final, un vin un peu plus coloré, une belle matière tannique, une bouche « kirchée », sur le pruneau avec une belle longueur.

Du Rat… des Pâquerettes, 2014

100% Duras.

Un vin sur le fruit et la fraicheur tout en gardant une belle complexité. La bouche est longue, sur des notes de petits fruits noirs, le tout accentué par le côté poivré du Duras. Un magnifique vin de plaisir.

 

 

(Description des vins basée sur les échanges avec la vigneronne).

 

Crédits photo: scoop.it

PUBLIÉ DANS: Boire du réZin, Producteurs

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